Intentions de la pleine conscience

Les psychothérapies basées sur la « mindfulness » (pleine conscience) font partie de la troisième vague des thérapies cognitivo-comportementales, développées depuis les années 1990, soit les thérapies cognitivo-comportementales et émotionnelles. Leur spécificité consiste à mettre l’accent sur le lien émotionnel et la qualité de la relation que chaque personne établit avec ses croyances, plutôt que sur le contenu des croyances. Ainsi, au lieu de chercher à modifier le contenu des pensées et des comportements perçus comme indésirables il s’agit de modifier ce qu’il y a de conflictuel dans le lien avec les pensées et les émotions. Le but étant d’apprendre à mieux faire face à ces états difficiles et à tolérer leur présence en faisant au rythme de chacune et de chacun l’expérience de ce qui paraît intolérable. Nous ne sommes plus ici dans l’optique de changer pour « gérer », « maîtriser » ou « contrôler » en s’exposant à ces états avec un objectif de « désensibilisation », comme s’il s’agissait d’une maladie à combattre ou d’un défaut à réparer. Le postulat qui régit les thérapies de la troisième vague est que pour obtenir un changement durable de l’état interne il est indispensable de commencer par se détacher de l’attente même de ce changement.

Selon le Dr. J. Kabat-Zin, fondateur des approches basées sur la pleine conscience, il s’agit d’activer une qualité de conscience qui est naturellement présente dans chaque être humain (voire vivant ?) :  la capacité de diriger l’attention délibérément vers ce qui est perçu, ressenti et pensé au moment présent, sans filtre, sans jugement et sans attente particulière. Dans ce processus toute divergence douloureuse qui se manifeste n’est plus contrôlée avec un objectif de changement, mais accueillie et acceptée avec curiosité bienveillante en tant que source d’apprentissage. La question n’est plus « Comment peut-on combattre nos failles et se défaire de nos malheurs ? » mais « Qu’est-ce qu’on peut apprendre de nos souffrances pour les accueillir et les aider au mieux ? ». Il s’agit de trouver un chemin de passage entre le monde de la guerre et le monde de la réconciliation (avec soi-même d’abord).

Les thérapies individuelles comme de groupe s’appuyant sur la pleine conscience aident à cultiver l’acceptation des émotions douloureuses et l’apprentissage des attitudes telles que la décentration ou la défusion. L’apprentissage des attitudes propres à la méditation aide à faire face aux émotions difficiles et aux pensées automatiques sans lutter pour qu’elles s’en aillent. Il s’agit ensuite de revenir au moment présent chaque fois qu’on s’en éloigne pour reconnaître et lâcher prise des stratégies de lutte.

L’apprentissage et l’entraînement progressif, semaine après semaine, favorisent l’émergence d’une vision d’ensemble dédramatisée des situations problématiques. La nouvelle vision favorise à son tour le détachement progressif face à ce qui est en dehors de la sphère de notre contrôle. Des énergies vitales sont ainsi susceptibles de se libérer au bénéfice d’activités moins coûteuses en énergie et bien plus bénéfiques à la qualité de vie du sujet.

Irina Perret, Psychologue spécialisée en psychothérapie FSP

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